Ca sent les bombonnes de peinture et la crème solaire. Ca sent les aspirations des jeunes sous les sourires nostalgiques des vieilles rides, celles qui ont lutté contre la dictature. Ca sent les idéaux révolutionnaires et communistes. Ca sent le joint aussi.

Poblacion La Victoria

Nous arrivons à la Poblacion la Victoria, à Santiago, sous la chaleur écrasante du soleil de 14h. « Faites attention, c’est dangereux par là » on nous avait dit. Mais ici, c’est la fête. Peut-être que d’autres jours, c’est dangereux. Mais aujourd’hui, ce sont des enfants qui fêtent leur victoire au foot, ce sont des jus de fruits frais au marché, ce sont des vieux assis à leur porte qui regardent les peintres colorer leur façade.

Poblacion La Victoria

Aujoud’hui, la Poblacion La Victoria fête son anniversaire. En Street Art.

La Victoria, le droit à la terre

A partir de 1945, 35.000 personnes se pressent aux frontières de Santiago, établissant leurs campements sur les rives du Zanjón de la Aguada. Victimes de l’exode rural, de la crise de l’industrialisation, de l’inflation, elles attendant là les solutions de logement maintes fois promises par le gouvernement. Mais lorsque 2 incendies embrasent les campements, affectant 230 familles, la population décident de prendre les choses en main et de s’organiser, en parallèle aux autorités.

Le 30 octobre 1957, 1200 familles s’emparent de terrains au Sud de Santiago. Peu à peu, elles construisent leurs maisons, leurs routes, organisent la vie en commun, les espaces publics,… Elles montrent l’exemple à d’autres aussi, au Chili et en Amérique du Sud. La Victoria devient un symbole du pouvoir populaire et de la résistance, notamment durant les années Pinochet.

Un anniversaire haut en couleur

Pour commémorer cet événement, une trentaine d’artistes et de collectifs colorent les façades des maisons de leur créativité. C’est pour ça que nous sommes là aujourd’hui. C’est Fusa, une jeune artiste chilienne, amie du frère de Michel, qui nous a invités. En arrivant, nous nous perdons un peu. Mais difficile de ne pas comprendre où on se trouve. Calle Libertad, Unidad Popular, Carlo Marx,… les rues du quartier sont évocatrices.

Poblacion La Victoria

Les oeuvres prennent naissance, de coup de pinceau en coup de bombonnes. Nous capturons ces accouchements en photo. Soudain, un organisateur nous aborde. On a compris, on va devoir ranger les appareils.

« Vous tirez des photos ? Tenez, prenez un pass. Comme ça, si quelqu’un vous pose des questions, vous faites partie de l’événement. Vous pouvez aller vous chercher à manger aussi. »

C’est nouveau ça, ça fait plaisir.

Le Street Art à La Victoria

Pour les amateurs de Street Art, le Chili est une chasse au trésor (faut-il encore présenter Valparaiso à ce sujet ?). Et assister ainsi à la réalisation des murales, discuter avec les artistes, m’émeut particulièrement. C’est la 2ème année que les peintres se rejoignent dans ce quartier. A chaque anniversaire, ils redonnent vie à une nouvelle rue, célébrant la résistance, le féminisme ou l’unité.

Poblacion La Victoria

Après plusieurs heures, nous nous échappons de l’agitation pour découvrir les premières oeuvres, celles de l’année passée. Nous reconnaissons la patte de plusieurs collectifs, fidèles au rendez-vous. Une enfant passe sur sa bicyclette bleue. Il fait calme. Les fanons colorés, mus par la brise, souffle un air de fête. Sur le sol, les lignes blanches d’un stop effacé ont été redessinées. On a changé le mot… Feliz… Heureux…

Poblacion La Victoria

Quelques liens pour en savoir plus

  • J’ai toujours adoré le street art. Je trouve que c’est un très beau concept 🙂