C’était le soir de ma troisième journée. Trois jours dans ce domaine où je rassemble des feuilles de châtaigniers pour les brûler, que je coupe du bois contre logement et nourriture. Ce troisième soir dans Les Cevennes, notre hôte, Sylvie, propose une activité d’écriture : dans une premier temps, nous devons devons décrire un animal que nous admirons ou craignons ou qui nous fascine. Une fois cette partie finie, elle nous demande ensuite de décrire un personnage en utilisant certaines caractéristiques de notre animal.

Les buts ?

  • essayer que les participants devinent notre animal lorsque nous lirons le portrait de notre personnage ;
  • libérer l’écriture et l’imagination en détournant l’attention grâce aux consignes données en deux temps.

Quand on voyage, qu’on passe beaucoup de temps avec des gens, on peut se retrouver parfois sans idées, sans sujet de discussion ; cela peut aussi aider à « briser la glace » lorsque vous rencontrez des gens timides ou réservés un soir. Voici donc une activité intéressante qui permet d’en savoir davantage sur vous et sur les autres ; un moyen d’amener des discussions, des interrogations et des rires pour la soirée et les jours à venir.

J’ai aimé le résultat que chacun de nous trois – Enrikke (allemande de vingt ans), Taru (finlandaise de vingt huit ans) et moi – avons soumis ce soir-là. Ci-dessous, je vous laisse découvrir mes deux textes. L’idée de base est une description ; pour mon animal, puis mon personnage, il me semblait opportun de les décrire à travers une histoire mais il n’y a pas de règle, seule l’imagination et le plaisir comptent.

Trouverez-vous l’animal avant de lire le second texte ?

note : j’ai changé quelques mots et formulations par rapport à aux versions réalisées en une quinzaine de minutes chacune mais de façon très marginale pour garder l’esprit de l’exercice.

Atelier d’écriture : mon personnage

Elle est encore là, après toutes ces années. Difficile de lui donner une âge, tant cette vieille est fripée. Ses yeux sont chaque année un peu plus fatigués. Inlassablement, elle revient dans ce coin de pays où elle a pris soin de « ses » enfants, abandonnés  par des parents partis aux fronts ou noyés au fond d’un verre toujours aussi vide.

Revenir ici lui provoque des émotions bien contrastées : si elle se réjouit de voir l’un ou l’autre devenir un beau jeune homme actif ou une belle jeune fille active, son corps pleure ceux qui ont rejoint la guerre ou qui son mort au dernier passage des rebelles dans la région.

Elle semble dur, autoritaire même, mais le prix de ses efforts pour sauver les enfants de ce champs de bataille est une carapace aussi robuste qu’un chêne centaine. Et oui, elle doit bien avec cet âge. Et elle est là, dans ce réfectoire, à manger de la salade – sa mâchoire, fatiguée, se contente de cela -, elle mâche lentement pour prendre le temps de contempler les enfants qui jouent au football, qui apprennent à lire.

Le soir tombe doucement et il n’y a pas d’électricité dans le camps d’orphelins. A chaque fois qu’elle revient ici, elle emporte des grands sacs de voyages bondés de cierges. Elle aime admirer les longues bougies  danser lentement dans le camp, telles les flambeaux portés par les skieurs lors de la cérémonie nocturne d’ouverture des pistes dans les Alpes où elle allait, jadis, au début de l’hiver avec ses parents. Il est loin ce temps-là mais ce souvenir vivace lui redonne des forces « pour dix ans, au moins !  » s’exclame-t-elle à chaque fois souvent.

Soudain, elle remarque une lumière plus intense. Intriguée, elle s’avance lentement vers cette flamme qui se démarque : un rebelle est venu détruire l’œuvre de sa vie.

Alors, vous avez trouvé ?

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Photo prise par Julie à Mandalay (Birmanie) à proximité d’un marché

Atelier d’écriture : mon animal

Sa peau est marquée par le poids des années. Il faut dire qu’elle est presque centenaire la vieille sage. Et puis, elle vient d’une lignée qui a des dizaines de milliers d’années !

Sa relation au temps est bien différente de la nôtre ou plutôt, seules les personnes qui entrevoient leur dernières années arriver comprennent sont rythme : elle nage lentement, elle marche lentement. D’un pas lourd, elle avance  vers le feuillage qui sera mangé lentement, consciencieusement. Lorsqu’elle sort sa tête de son refuge, elle est toujours sur ses gardes, de peur d’être la proie des malintentionnés.

Son refuge, elle la porte sur elle : aussi dur que du chêne, il a l’apparence d’une ballon de football découpé, tendu comme une pâte de pizza qui aurait gonflé sous l’effet de la chaleur.

Elle se sent comme un poisson dans l’eau mais pour donner naissance, elle doit se rendre sur une plage, zone de tous les dangers. Elle sait que la plupart de ses bébés seront dévorés mais elle se doit d’espérer, de recommencer inlassablement pendant plus d’un siècle ; la survie de son espèce lui demande un investissement long et sans répit. Oui, elle devrait encore vivre longtemps, très lentement… en principe en tout cas car elle aime les méduses. « Le rapport ? » me direz-vous. Cette sage fripée rencontre la modernités des Hommes. Enfin, leurs sacs plastiques, dans le fond des océans.

Ce bon repas durement mérité se transformera en méprise fatale qui raccourcira son espérance de vie. Et l’espoir de vie de ses bébés qui devaient voir le jour dans les années à venir.

A votre tour de vous amuser !

Si vous le souhaitez, vous pouvez nous envoyer vos textes via notre page facebook (et nous préciser si nous pouvons diffuser votre texte ou non) ou directement via les commentaires ci-dessous.

Faites l’exercice en envoyant que le deuxième texte, histoire que les autres personnes qui lisent le blog et nous essaient de trouver votre animal 😀