L’inattendu, c’est ce que j’aime dans les rencontres. Vous vous trouvez dans un décor défini, balisé et soudain, au centre, apparaît un personnage improbable. Je ne m’attendais pas à croiser la route de Silvio.

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Pour raison professionnelle, j’ai passé la fin de la semaine à Charmey, petite ville de montagne, dans la Gruyère suisse. On s’y promène dans les prairies colorées de fleurs des champs, on y observe les pêcheurs sur les berges du lac de Montsalvens. Les Charmeysans sont très fidèles aux traditions campagnardes et catholiques. Lors de la Fête-Dieu, la fête du Saint-Sacrement, les tambours et trompettes de la Société de musique l’Edelweiss précèdent les premiers communiants dans la procession qui relie l’église à la cour de l’école. Et le samedi soir, 2 jeunes chanteuses germanophones nous entonnent des chants traditionnels.

Et puis, il y a les nombreuses fromageries. Plusieurs fois par jour, je passe devant la Voie Lactée. A 1h du départ, je m’approche de l’entrée pour voir s’ils ont du saucisson sec. Je pousse la porte vitrée.

Tu sais chanter ?

Au centre du décor, un rocker aux longs cheveux grisonnants. Il pince quelques dernières cordes et me regarde, les yeux souriants. “Tu sais chanter ?

Silvio a 54 ans et 3 grands enfants. Il ne les voit pas souvent, ils ne vivent pas en Suisse. Son fils de 28 ans lui a ramené de son deuxième tour du monde une estampille pékinoise au nom de sa fromagerie.

Nous parlons de la Belgique. “Tu viens de Bruxelles? Je n’y connais que la rue des Bouchers. J’y ai joué il y a longtemps. Vous avez de très bons musiciens en Belgique. Et de très bons textes“. Naturellement, j’évoque Jacques Brel et il enchaîne “et Arno. Et le petit jeune là, je le trouve pas mal…Stromae. Je n’aimais pas ce qu’il faisait au début mais son dernier titre est chouette… C’est comment encore…Formidable”.

Quelqu’un de sociable

Silvio ne fait plus de scène, mais il joue avec plusieurs formations. A chaque coin de la petite pièce sont adossées des guitares. Electriques et acoustiques, elles accompagnent les synthés et l’accordéon. Au plafond est suspendu le blason de la Gruyère, grue d’argent sur fond de gueules (couleur rouge), et sur les étagères, à côté des assiettes, trônent un livre de Pierre Desproges et “Lè j’avanturè dè Tintin : L’afére Tournesol” en patois gruérien.

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Le musicien a plusieurs vies. Il s’est partagé entre la Suisse et la France mais l’année prochaine, il part au Portugal. Il retape une maison et veut y ouvrir un petit restaurant. “Moi aussi, j’aurais bien aimé voyager, vivre en communauté. Les jeunes ne me comprennent plus, et je ne comprends pas les vieux. Je suis un peu entre-deux… Allez, je suis sûr que tu sais chanter“. Il empoigne sa guitare, m’apprend quelques paroles et nous partons en duo. Et puis il m’offre un thé glacé.

Voilà les moments que j’aime. Nous étions 2 inconnus, mais qu’importe autour de quelques notes. “Je suis quelqu’un de sociable, tu sais“. Oui Silvio, ça, je l’avais deviné.

Le temps file, il est l’heure pour moi de partir. J’ouvre les bras, nous nous étreignons comme de vieux amis, perdus de vue depuis longtemps. “Reste belle comme tu es“. Toi aussi, Silvio.

  • simpa l’article!!
    un joli portrait
    merci
    je suis au guatemala en ce moment et je me demandais comment mon vieu a fini sur internet!!

    bonne continuation

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