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Lorsqu’on part pour un voyage comme le nôtre, on s’attend à des rencontres exceptionnelles, à des moments d’humanité et d’intimité. On s’y attend, on l’espère, mais pourtant, quand des moments pareils arrivent, on a du mal à imaginer qu’ils sont réels.

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Lorsque nous passons la porte bleue qui mène au jardin familial de John, tout de suite, c’est le rire d’Esther qui nous accueille. Esther est la soeur de John. Elle est institutrice dans l’école attenante à la maison alors, chaque jour, après les cours, elle amène sa fille de 4 ans, Chico, chez ses grands-parents et elle prépare le repas du soir avec sa mère. Ensuite, elle rentre chez elle et recommence la même routine.

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Patiemment, Esther m’apprend à couper les épinards comme on le fait ici, et à rouler les chapatis. Sous le regard malicieux de Chico. Chico a un de ces sourires, un de ces rires qui se plantent directement dans votre coeur et votre mémoire. Elle rit devant les wazungus (pluriel de mzungu) qui cuisinent, elle rit lorsque je répète les mots de swahili qu’elle tente de m’apprendre, elle rit en caressant mes cheveux différents des siens, elle rit des jeux de Michel qui la porte dans les airs. Elle rit tous les soirs, en nous retrouvant à la sortie de l’école.

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John aussi a le rire facile et le regard doux. Sauf en photo, là, il joue le sérieux. A 29 ans, c’est le dernier de 6 enfants à vivre avec ses parents, les 5 autres sont partis, qui dans la région, qui à Mombasa ou ailleurs. John a passé 3 ans dans l’armée. Il nous en parle souvent, il en aimait la discipline et la vie dure, les marches avec 20 kg sur le dos et 1 litre d’eau. Maintenant, il a repris des études d’ingénieur à Nakuru. Et le week-end, il trait les 3 vaches de la famille pour en vendre le lait à une épicerie locale.

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_DSC5477 rendez-vous avec des amis inconnus

Lors de notre premier passage, John nous emmène au cratère du Menengai, l’une des plus grandes calderas au monde. Nous sommes dans la Grande Vallée du Rift et le volcan présent ici il y a des millions d’années s’est effondré sur lui-même, vide de magma. Il a laissé ce gigantesque cratère, transformé en forêt et traversé par les MassaÏ.

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La maman de John ne parle pas l’anglais. A l’époque, l’anglais n’était enseigné qu’en secondaire et elle n’a pas étudié assez longtemps. Son père est décédé et elle a dû se marier. Maintenant, sa cousine, enseignante pour adultes, lui apprend quelques bases. Mais Mama Jogo (ici, les femmes sont souvent désignées par le prénom de leur ainé) nous parle en kiswahili, en kikuyu, sa langue natale, par gestes, par rires et en nous serrant dans ses bras. Lorsque nous lui demandons pour la prendre en photo, elle va d’abord se changer, mettre sa robe.

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Mama Jogo ne mange pas toujours avec nous et son mari. Souvent, elle reste à la cuisine, où elle discute avec les voisines venues lui rendre visite. Elizabeth est l’une d’elles. Nous avons rencontré Elizabeth lors du souper que nous avons préparé pour la famille de John et leurs voisins : 30 personnes. La fondue au chocolat préparée pour le dessert a eu un grand succès. Elizabeth m’en demande la recette. Et nous invite chez elle, à 23h, pour nous montrer son jardin, ses bananiers, ses cannes à sucre, son avocadier. Nous promettons de revenir chez elle en journée. Elle nous accueille avec du thé, au son d’Abba et de Laura Pausini. Sa fille aime la musique européenne.

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Dans la maison, une photo revient partout. C’est son mari. Lorsqu’elle nous parle de son décès, elle est très émue. Michel la serre dans ses bras. Nous buvons le thé. Sa maman nous rejoint, elle pelait des patates. Elle est pliée par l’âge, à 90°. Mais elle est vaillante lorsqu’elle saisit sa machette dans le jardin pour nous couper quelques cannes à sucre. Nous repartons de là également avec un sac d’avocats. “Ils ne sont pas encore tout à faits mûrs, mais mettez-les dans du papier”. Et bien ça fonctionne très bien.

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Il y a tellement à dire sur notre séjour chez John. Lorsque nous partons, c’est avec un gros pincement au coeur et des larmes dans les yeux. En attendant le matatu, avec toute la famille, nous jouons encore avec Chico. C’est douloureux de lui dire au revoir. On s’attend moins aux adieux évidemment. A être Auntie Julie pendant une semaine et puis s’en aller, en sachant que les retrouvailles seront peu probables. Et qu’on fera d’autres rencontres, aussi intenses, avec d’autres adieux.

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Quelques photos

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Portrait #6 - Une famille d'Heshima
Avis des lecteurs 0 Avis
  • Salut Julie et Michel,

    Super article! plein douceur… il n’y a rien de plus magique que les rencontres avec l’Autre… Et les sourires magiques des personnes que vous avez rencontrées font rêver… Bravo pour les photos!

    Voyageusement

    Audrey et Karine

    • Julie

      Merci. Bon voyage à vous pendant ce super tour du monde. On vous souhaite d’aussi belles rencontres 🙂

  • J’avais hâte de lire un article plus complet sur cette famille du coup 😉 ! J’aime beaucoup les portraits que vous dressez ici, et on fini par s’y attacher nous aussi 🙂 ! Ici encore, j’aime particulièrement les photos qui illustrent les sentiments que vous transmettez…

    • La famille de John fût vraiment l’une des rencontres les plus marquantes que nous avons faites pendant cette année de voyage.
      Merci pour tes commentaires sur nos photos 🙂 C’est chouette de voir que l’on a réussi à transmettre, un tant soit peu, ce que nous avons vécu avec eux.

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