Bagan

Ai-je aimé Bagan ?

Bagan est magnifique, splendide, enchanteur. Bagan ne s’écrit qu’au superlatif. Au milieu des champs traversés par des troupeaux de vaches opalines, des centaines, que dis-je, des milliers de temples et de stupas, baignés de soleil. C’est difficile de ne pas adorer Bagan.

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Et pourtant, je n’aurais pas dû aller à Bagan… Pas maintenant.

As-tu aimé la ville ? Les temples en valent le coup ?

De villes, il y en a 3 : Nyang U, Old Bagan et New Bagan. J’ai logé à Nyang U, la “vraie” ville. Vraie ville mais traversée de carioles à chevaux. D’habitude, on voyage en moto, en taxi partagé, en tracteur ou tiré par des boeufs. Qui vous dépose dans une des nombreuses guesthouses qui ont poussé comme des champignons.

En juillet, c’est la saison basse. Il y a donc peu de touristes occidentaux. Mais je suis étonnée de voir tant de touristes birmans. Dans ma guesthouse, il n’y a presque que des birmans. C’est la première fois que cela m’arrive en Asie. Ils viennent ici pour le bouddhisme et les temples. Ca me plaît de voir qu’il y a aussi ici un tourisme local. Comme les khmers qui vont pique-niquer à Angkor Wat. De voir que le lieu n’est pas entièrement dédié au tourisme occidental.

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Nyang U n’a pas non plus été construite pour les touristes, elle a juste évolué. Ici, il y a des teashops et un grand marché, comme dans les autres villes que j’ai vues. Mais dans les épiceries, on trouve aussi des Kellogs et des pâtes De Cecco.

As-tu aimé le contact avec les locaux ?

C’est la Birmanie, les gens sont incroyablement gentils, souriants, curieux. Le propriétaire de ma guesthouse se plie en 4 pour que je réussisse à appeler Michel à Mandalay, pour m’assurer que tout aille bien (des conflits entre bouddhistes et musulmans ont éclaté en centre-ville). Lorsque je pose une question, mon interlocuteur alerte la moitié du quartier pour s’assurer que j’obtienne ma réponse. Et dans les temples, une famille birmane, en visite, s’approche de moi pour me serrer la main, comme on le fait chez nous. La scène est drôle, ils ne sont pas habitués à serrer la main et ils ne savent pas comment faire. Mais toute la famille défile en souriant avant de continuer son chemin, sans un mot.

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Mais Bagan est malheureusement aussi corrompue par le tourisme de masse. A l’entrée d’un temple, une femme me demande d’où je viens.

“I’m From Belgium”. “Ho Belgium, good beers, good diamonds, good chocolate”.

Je suis surprise et je ris. La première fois, ça fait plaisir. Mais lorsqu’on nous répète la même chose à l’entrée de chaque temple, on se rend vite compte que ce n’est que pour attirer le touriste. Comme les nombreux enfants qui “collectionnent” des pièces de monnaie étrangère.

Mais le plus difficile, c’est le harcèlement des vendeurs de rue, à l’entrée des temples. Peut-être parce que c’est la saison basse et que le touriste se fait rare. Mais les gens nous courent après pour nous vendre pantalons, claquettes ou cartes postales.

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Le mot de la fin

Pourquoi je n’aurais pas dû aller à Bagan ? En tout cas pas maintenant. Bagan a déjà changé, et dans 10 ans, elle sera toujours la même. Contrairement peut-être à d’autres endroits de la Birmanie qui a tant à offrir. Heureusement ou malheureusement. Les gens sur place me disent aussi que ce changement mène à plus de démocratie.

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Mais pour l’instant, les 15$ d’entrée mènent directement dans les poches d’un gouvernement qui reste dictatorial. Les gens semblent heureux en Birmanie. Mais même moi, j’ai pu sentir les restrictions de liberté. Quand on copie mon passeport pour que j’achète un billet de train, quand je ne peux pas communiquer avec Michel parce que les autorités décident de couper internet sur le pays à cause d’une rixe à Mandalay et que mon téléphone est inutilisable parce que non enregistré. Quand nous sommes interrogés parce qu’il semble suspect que nous restions si longtemps à Mandalay.

Profiter de ce visa de 28 jours pour découvrir la vraie Birmanie et attendre que mes 15$ engraissent un gouvernement respectueux de ces citoyens. Bagan en vaut la peine, Bagan est magnifique. Mais ici, plus encore qu’ailleurs, les choix que l’on pose en tant que voyageur demandent réflexion et responsabilité.

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