Paysage d'une route de campagne à Bagan

Ai-je aimé Bagan ?

Du peu que j’en ai vu : non.

Dès que nous sommes arrivés, j’ai senti la différence avec Mandalay. Le contexte n’avait pas aidé : nous avions pas ou peu dormi depuis deux nuits (le match de coupe du monde de football Belgique – USA à 2h30 du matin et le train de nuit sur des banquettes en bois et sans ventilateur).

Arrivés à Bagan en compagnie d’une espagnole, nous avons été accueillis pas deux taximen qui nous propose calmement, mais avec insistance, leur taxi. Le plus âgé a continué à nous suivre jusqu’au tea shop où nous voulions nous poser un instant et discuter des possibilités.

Le taximan était insistant, et la fatigue aidant, nous n’avons finalement pas fait de stop pour aller au centre ville ; nous avons réussi à négocier le taxi à 4000 kyats (4$) au lieu de 10$ de départ.

Et c’est là que les ennuis commencèrent…

As-tu aimé la ville ? les temples en valent le coup ?

Je n’en sais rien. Après avoir crevé un pneu à mi-chemin, et deux personnes qui ont essayé de nous vendre l’une ou l’autre guesthouse, le taxi est arrivé à un poste de contrôle où il a klaxonné abondamment. Là, pas de bonjour, pas de sourire.

“15 dollars”

Woaw, calm down cowboys ! Peut-on savoir pourquoi, pouvons-nous avoir un accueil digne de la réputation birmane ? Le garde est souriant comme une porte de prison rouillée. Après nos questions, il explique que c’est pour le site historique. On dit  :

“ok mais on veut aller en ville, pas sur les sites”

Certes, on voulait aller voir le site archéologique mais purée, il est 5h30 du matin, on n’a rien dans le ventre à part un café noir, un bout de cake au chocolat et quelques cacahuètes. La réponse, aussi courte que la précédente :

“la ville fait partie du site historique”.

Excédé par sa “gentillesse”, par l’idée de devoir payer même si on ne va pas voir les sites historiques, la fatigue et les expériences vécues dans d’autres pays ces dernières semaines : c’en était trop pour moi. J’ai donc pris mon “backpack” et mon petit sac à dos, j’ai dit brièvement au revoir à Mimi et Julie et je suis retourné à pied vers la station de train.

J’avais repéré une route de terre lorsque nous avions crevé. Je suis donc allé par là, en partie pour voir si je pouvais arriver à voir des temples au loin (sur les conseils de la manageuse de la guesthouse à Mandalay) et d’autre part, pour réaliser mon but du voyage : rencontrer des gens et parler avec eux.

paysage sur une petite route de Bagan

As-tu aimé le contact avec les locaux ?

Oui et non.

Oui : Plusieurs personnes/groupes ont été charmants avec moi en m’indiquant le chemin vers la gare de bus ou de train. Des gens m’ont invité à regarder comment ils fabriquaient des briques à base de terre, une dame chez qui je suis allé acheter deux fois de l’eau m’a offert un pâtisserie sucrée.

Non : Sur le chemin de terre, j’ai été abordé tous les 50-100 mètres, sur 4km, pour savoir où j’allais, ce que je voulais faire. A chaque fois que je répondais que je voulais aller voir les villages, on me répondait que c’était “far far away” et que je devais retourner à la route principale pour aller en ville. J’ai fini par répondre :

“I walk (je marche)”

et quand ils insistaient:

“I don’t know, that direction”.

On me demandait aussi à chaque fois où je logeais et de quel pays je venais. J’avais l’impression d’être devant des agents téléphoniques qui voudraient me vendre une crasse : les questions étaient toujours les mêmes et toujours dans le même ordre, comme s’ils avaient une liste à suivre.

Je suis arrivé au premier village ; j’ai été accueilli par plusieurs personnes qui tour à tour m’ont demandé ce que je faisais ici. J’ai alors expliqué à celui qui parlait le meilleur anglais que je venais visiter le village, que je ne voulais pas payer pour aller voir des temples, que je venais juste rencontrer les gens. Il m’a proposé de le suivre ; je suis passé devant un garde qui surveillait le village ; on est arrivé à sa maison, il m’a montré où l’on était et m’a fait comprendre que c’était mieux de repartir vers la route principale (lorsque je proposais d’autres situations, il m’indiquait que c’était loin et difficile).

En sortant du village, sur qui je tombe ?

“Do you recognize me?”

me demande la porte de prison rouillée. Tu n’es pas Beyonce mais j’ai une meilleure mémoire qu’un poisson rouge quand même 🙂 Et rebelotte : ici c’est un site archéologique (ah bon, il n’y a pourtant pas de panneau, pas de gate jusqu’ici…). Je lui ai dit ma façon de penser, calmement : mon porte-monnaie vide malgré que je sois un blanc et que je repartais “anyway”. Il m’a parlé de “regulation” pour justifier le vol à l’entrée de la ville.

Mais pourquoi les birmans qui ne vivent pas dans la région ne doivent pas payer, uniquement les étrangers ? Pourquoi ne pas laisser l’accès à la ville et faire payer pour ceux qui veulent visiter les temples ? Comment des bouddhistes sont-ils devenus avares et antipathiques ? Quel décalage entre notre couchsurfeuse Chaya de Lopburi (Thaïlande) ou Sophia qui gère la magnifique guesthouse de Mandalay (et des habitants du quartier) et la froideur de Bagan ?

Le mot de la fin?

Le système est bien foutu : il n’y a pas de guesthouse avant l’entrée payante, le train repart le matin et il n’y a qu’un bus l’après-midi ; de quoi vous décourager de ne pas payer.

Pour ma part, j’ai été aidé par deux personnes qui m’ont mis dans une camionnette (2$) ; je ne suis pas arrivé là où il était convenu. Une gare mais aucun train en direction de Mandalay (pas même le lendemain) ; j’ai dû encore payer un autre transport (6000 kyats) que j’ai négocié à 8000 kyats pour qu’on me dépose à ma guesthouse. Au final, je suis arrivé crevé, un peu dégoûté de mon expérience et l’impression qu’il est difficile de sortir des sentiers touristiques, surtout lorsqu’on a 25kg de bagage sur les épaules.

Finalement, ce que j’ai préféré de Bagan, c’est le trajet en train de nuit, qui nous offrit un beau “spectacle” de vie.

une homme assis dans le train de nuit pour Bagan

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