photo d'illustration : Myanmar marqué sur un maillot

Lors de notre séjour au Myanmar (Birmanie), nous sommes restés deux semaines à Mandalay, l’une des villes principales du pays. Ces 14 jours nous ont permis de rencontrer pas mal de locaux et surtout, d’obtenir de certains la confiance nécessaire à des discussions franches.

Un birman businessman d’une cinquantaine d’année s’est confié à nous mais a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité pour lui et sa famille. Son témoignage reflète des réactions et des réflexions d’autres birmans et étrangers vivant au Myanmar ou en dehors.

L’interview a été réalisée alors que la loi martiale était décrétée à Mandalay, suite au meurtre d’un bouddhiste et celui d’un musulman. Ces incidents faisaient suite à l’accusation d’une bouddhiste d’avoir été violée par deux musulmans pour qui elle travaillait dans un tea shop. Aux dernières nouvelles, elle aurait avoué qu’elle a été payée pour aller voir la police et accuser erronément ces deux personnes. La clarté sur l’affaire n’a pas encore eu lieu.

Note: cet article est une carte blanche à un Birman qui a accepté de donner son point de vue sur certains sujets de la vie birmane.

Conflit entre musulmans et bouddhistes à Mandalay

Selon Thura (nom d’emprunt), le conflit entre les deux communautés est organisé par le gouvernement pour concentrer l’attention du peuple sur d’autres problèmes lorsque le gouvernement est sous le feu des critiques, et montrer que l’Etat militaire est encore une nécessité et un bienfait pour la population.

“Ils laissent grossir un conflit puis ils arrivent avec l’armée pour mettre de l’ordre et se montrer avec leur arme. Ils disent “vous voyez, grâce à nous, le calme revient” ; cela leur permet de reprendre un peu de terrain.”

Une none dans le temple Mahamuni

Déçu d’Aung San Suu Kyi

Même si, pour l’instant, il ne voit pas d’autres candidats crédibles dans l’opposition, Thura se dit déçu d’Aung San Suu Kyi :

“Lorsqu’elle était en prison, il y a 20 ans, bien sur que j’étais derrière elle, que je l’admirais. Depuis qu’elle est sortie, elle est devenue molle. Elle est censée représenter l’opposition mais son parti à choisi la voie du ‘cooperate party’ au lieu d’être un parti d’opposition.”

Il convient que sa libération et l’existence de son parti ont permis certaines avancées mais il pointe que cela a aussi permis aux militaires de pouvoir respirer. Selon lui, “les militaires étaient au bord de l’asphixie ; ils ont libérer Aung San Suu kyi et depuis lors, ils respirent à nouveau. Ils ont plein de devises étrangères qui entrent avec tous les touristes”.

Thura nous explique que les gens aiment Aung San Suu Kyi donc même si ce qu’elle fait leur fait mal, que “ça leur fait un gros pincement au coeur”, il lui pardonne.

“Moi je voudrais qu’elle soit une vraie opposition, qu’elle montre à la face du gouvernement : “ça vous ne pouvez pas faire”, et que le gouvernement prenne peur.

Aung San Suu Kyi ne peut constitutionnellement pas se présenter à l’élection présidentielle car elle a de la famille étrangère, ses enfants qui ont le passeport britannique. Thura est ennuyé par la lutte menée pour faire changer la constitution, qu’il trouve usant : “elle pourrait les renier mais non, elle demande le soutien de la population pour changer la constitution. Elle tente de mobiliser les gens qui vont se fatiguer.”

Démocratie : liberté d’expression et de vote

“Il y a 3 ans, on n’aurait pas pu se parler comme cela”, nous avoue-t-il. Si 4-5 personnes parlaient ensemble, quelqu’un serait venu demander de quoi ils parlaient ; il n’était pas pensable de parler comme il se le permet avec nous.

Concernant les élections présidentielles, il parle d’un simulacre. Il dit que, certes ils peuvent voter pour la personne qu’ils veulent mais il y a un système d’assesseurs.

“Ils viennent te voir, (te disant) “car on se doute que vous n’avez pas le temps de vous rendre au bureau de vote” pour savoir pour qui vous votez. Donc évidemment, on dit qu’on vote pour le gouvernement au pouvoir et ils comptabilisent votre vote. Ce ne sont pas encore des élections “fair”.

 

Des articles que nous avons trouvés intéressants sur le bouddhisme et le conflit à Mandalay :

Un chien dort sur un muret du temple bouddhiste sur la Mandalay hill

Close