Voilà près de 2 mois que nous sommes rentrés. On continue encore à répondre, avec les mêmes difficultés aux “Alors, c’était comment ?” et aux “C’était quoi, ton pays préféré ?“. On ne raconte pas un tour du monde avec un “C’était super chouette” et on ne résume pas une année de vie, intense, en une conversation. Alors peu à peu, pour les proches et moins proches, ce sont des histoires qui dessinent, par bribes, l’esquisse de ce grand voyage. Et peu à peu, je me rends compte qu’il y a des histoires, significatives ou non, qui ressortent plus souvent. Florilège de mes anecdotes d’un tour du monde.

D’abord, il y eut Chico…

Cette histoire-là, elle arrive souvent après “C’était quoi, votre plus belle expérience ?” ou “C’était quoi, votre plus belle rencontre ?“. Je ne peux jamais m’empêcher de sourire, doucement, du coin des lèvres, en répondant “Chico“. Inévitablement, je me revois sur le canapé fleuri de la pièce avant, une deuxième cuisine réchauffée par les charbons brûlants du jiko, Chico dans les bras me caressant les cheveux, si différents des siens. Mais je garde cette image pour moi. Et je commence à raconter.

On a passé une dizaine de jours en tout dans une famille kenyane, chez John et ses parents. On faisait vraiment partie de la famille.
– Quand on est arrivés la première fois”, enchaîne Michel, “ils nous avaient préparé une petite maison qu’ils étaient en train de construire, parce que “on sait que vous, les européens, vous aimez bien avoir votre espace privé” et ils se sont arrangés pour terminer les canalisations avant qu’on ne revienne pour qu’on ne doive plus prendre notre douche dehors.
Ils avaient une petite-fille de 4 ans, Chico, et tous les soirs, elle courait en rentrant de l’école pour jouer avec nous.
Julie était Auntie Julie pendant une semaine

Souvent, la suite dévie sur le soir où on a cuisiné pour 30 personnes et comment la fondue au chocolat était un grand succès partout où on est passé. C’est difficile de raconter cette famille avec toute la justesse nécessaire. Des rencontres comme celle-là, c’est la raison pour laquelle on voyage.

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Le jour où on a tenté l’hébergement spontané

“Vous aviez réservé tous vos hébergements ?” nous demande-t-on avec intérêt et étonnement.
– “Heu…non, pas vraiment. Souvent, on ne savait pas le matin où on serait le soir. On a même tenté l’hébergement spontané en Nouvelle-Zélande, on a toqué à la porte des gens pour demander si on pouvait dormir dans leur garage.
– Et ça a fonctionné ?
– La cinquième maison, ils nous ont répondu “
Non, vous ne pouvez pas dormir dans la garage, mais on a une chambre si vous voulez“. Finalement, on a passé 2 nuits chez eux”

Celle-là, on ne se lasse pas de la raconter (bon, on l’avait déjà écrite, en détaillé, dans Le jour où on a tenté l’hébergement spontané, allez lire 😉 ). Au delà de cette belle rencontre avec Arthur et Judy (qu’on espère revoir à Londres en juin), c’est aussi, comme de nombreux voyageurs, la générosité du monde qu’on a envie de partager avec cette histoire.

Hébergement spontané et Nos 4 raisons de prendre des photo en voyage

La nuit où Michel s’est fait menotter et où j’ai crû me faire kidnapper

En voilà une que Michel commence généralement :

On allait à une soirée étudiante avec Byron, un ami couchsurfeur, à Eldoret, au Kenya. Pour ne pas risquer de perdre nos passeports, on les a laissé chez Byron et on n’a pris que nos cartes d’identité. Pendant la soirée, Byron et moi sommes sortis. On n’a pas fait 20 mètres dans la nuit noire que des lampes torches se braquent sur nous et deux policiers nous demandent nos cartes étudiant et mon passeport. Je montre ma carte d’identité mais ça ne suffit pas. Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que j’ai les menottes aux poignets

A ce moment, je reprends la parole, pour respecter la chronologie de nos parcours croisés :

Moi, je suis toujours dans la soirée avec un ami de Byron quand un parfait inconnu vient vers moi et me dit : “Il faut que tu me suives, ton ami mzungu a des problèmes, il s’est fait arrêté, tu dois venir avec moi”. Heu… c’est tout à fait le genre d’histoires qu’il me dirait s’il voulait me kidnapper. Finalement, l’ami de Byron, en qui j’ai confiance, nous accompagne et nous sortons mais je reste sur mes gardes. Et là, en effet, je vois 2 groupes dont Michel menotté.
– Je ne voulais pas que Julie vienne, j’avais peur que les policiers ne la voient et ne l’arrêtent aussi.
– J’essaye de comprendre ce qui se passe mais, à peine arrivée, je vois 6 ou 7 kenyans qui fondent sur moi : “
Il faut que tu retournes dans la soirée, si ils te voient, ils t’arrêteront aussi” et me cachent tant bien que mal pour me reconduire à l’intérieur.
– Après 1h, Byron a ramené mon passeport mais les policiers disaient que mon Single Entry Visa voulait dire que je devais quitter le pays dans la journée, ect… Finalement, il leur a donné l’équivalent de 10$. Ils voulaient juste de l’argent”

On ne dirait pas comme ça, mais je vous ai passé les détails. Michel avait raconté son expérience plus complètement à l’époque : Se faire arrêter à Eldoret au Kenya. Quand même, vous conviendrez qu’on est obligés de la raconter cette aventure-là 🙂 C’est ça qui met le piment dans le voyage.

Le matin où j’ai vu un jardin fleuri pour la première fois pendant le voyage

Cette histoire-là n’est pas vraiment une histoire. C’est une image fugace, un ressenti. “Sur le Plateau des Bolovens, au Laos, j’étais à l’arrière de la moto que nous avions louée et tout à coup, ça m’a frappée. Les maisons avaient des jardins fleuris. En 4 mois de voyage, devant ces petites maisons en bois sur pilotis, c’était la première fois que je voyais des jardins fleuris.” J’ignore si les gens comprennent mon émotion de ce moment-là, mais à chaque fois me revient cette phrase de Saint-Exupéry dans le Petit Prince :

“C’est véritablement utile puisque c’est joli.”

Peut-être ces plantes avaient-elle une utilité plus pratique. Mais pour la première fois depuis notre départ, j’avais l’impression que des gens cultivaient un jardin fleuri, simplement, pour le plaisir et le recherche de la beauté. Et ça m’a touchée.

La fois où on a été invités chez le Haut-Commissaire britannique à Naïrobi

Il faut l’avouer, c’est grâce à Michel et à sa bonne idée de faire du lightpainting (photographie de nuit, avec une exposition très lente, qui permet de dessiner avec de la lumière) qu’on a été invité à The Residence :

On a rencontré le Haut-Commissaire dans un eco-lodge où on était volontaires sur Rusinga Island. Il était là pour le week-end avec sa femme et ses 2 enfants. On a eu un black-out, comme tous les soirs, alors, pour occuper les enfants, j’ai proposé de faire du lightpainting.
– C’était très drôle. Michel faisait participer les enfants pour qu’ils comprennent comment ça fonctionnait et, à chaque explication, le Haut-Commissaire murmurait : “
He’s brilliant. He’s brilliant“.
– On a engagé la conversation et on a parlé du couchsurfing. Ils m’ont demandé ce que c’était, je leur ai expliqué et ils ont répondu : “
Quand vous venez à Naïrobi, vous avez un couch chez nous

du lightpainting avec la famille Turner : le drapeau du kenya et l'inscription Kenya

– En fait, le couch, c’était une grande chambre privée, avec un lit gigantesque, une salle de bain privée avec une douche ET une baignoire, une piscine privée, un court de tennis privé…et un chauffeur privé. Mais c’était très dur. En échange, on a dû s’occuper du labrador…”

labrador_piscine_residence_nairobi_kenya

Le jour où on s’est faits suivre par un informateur birman

Vous vous êtes fait suivre ? Mais ça s’est passé comment ?
– On était à vélo, on allait au championnat de Chinlone, le sport national birman, Julie était derrière moi et une moto avec 2 personnes commence à rouler à ma hauteur. L’homme me demande d’où je viens, où je vais,…
– Jusque là, c’est normal en Birmanie”,
 je commente, “les gens sont très curieux, ils nous demandent souvent d’où on vient.
– Mais là, ses questions se font plus précises et je comprends que c’est un informateur du gouvernement : “Ca fait longtemps que vous êtes dans cette guesthouse. Vous faites quoi? Vous travaillez pour eux ? Vous partez quand ? Pourquoi vous êtes là?”. Je réponds que ce n’est pas ses affaires et finalement, il s’en va”

Et oui, la Birmanie, c’est merveilleux et incroyablement accueillant mais la démocratie, ce n’est pas encore ça. Dans chaque quartier, un informateur veille au grain et les guesthouses doivent remettre chaque jour au gouvernement des copies de leur registre de clients : 17 le matin et 9 le soir. A leurs frais évidemment !!!

Le village où on s’est dit que, vraiment, les boliviens étaient trop accueillants

On avait entendu beaucoup de commentaires négatifs sur l’accueil en Bolivie. Je ne sais pas si on a eu de la chance, ou si c’est parce qu’on était dans des endroits moins touristiques, mais la Bolivie, c’était un des meilleurs accueils de notre tour du monde

Et c’est là qu’apparaît la description de Totora, petit village bolivien entre Cochabamba et Sucre :

On nous avait prévenu que les habitants étaient extrêmement gentils dans ce village mais là, on s’est vraiment demandés où on était tombés. A notre arrivée, une petite dame voit nos sacs à dos et sort de sa boutique pour nous indiquer 2 endroits où on peut camper dans le village : “Il y a la place principale et la place du marché, mais vous serez peut-être plus tranquilles sur la place du marché. Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas de vols ici, c’est un petit village. Attendez, je vais vous montrer l’endroit”. On plante notre tente et tout le monde nous salue. Le lendemain matin, les gens venaient nous voir pour nous demander si on avait bien dormi

totora_camping

Et ce n’était qu’un exemple. On était à peine arrivés en Bolivie que deux petites dames se mettaient à négocier pour nous trouver un hébergement dans nos prix.

Des histoires, il y en a évidemment une multitude. Mais certaines, moment fort de notre voyage, reviennents plus souvent que d’autres, souvent en réponse aux questions qu’on nous pose. Je ne décris pas ici le jour où un gamin laotien nous a envoyé un avocat dans les roues de la moto, le jour où on a fait du stop en Tanzanie pour aller au Lac Natron, le jour où 4 couchsurfeurs se sont battus pour nous avoir à Bendigo alors que nous n’avions pas de logement, le jour où on a mangé des fourmis volantes,… autant de récits qui fixent les couleurs de notre tour du monde.

Et vous, quelles sont les histoires que vous partagez le plus souvent au retour de vos voyages ?

  • Comment cet article résonne pour moi, maintenant… 😉 C’est étrange qu’il soit si difficile de raconter. D’autant plus que nous avons tout livré sur nos blogs, réseaux sociaux… Restent ces petits moments qui illuminent une expérience.

  • Très bonne idée ce retour sur votre TDM . J’imagine que vous avez tellement d’histoires à raconter que ce ne sera pas le dernier 🙂

    • On en a des centaines 🙂 Bizarrement, je ne raconte plus les mêmes depuis que j’ai écrit l’article.

  • Génial! A vous lire j y étais! Ou plutôt je rêve d y être lol …. Merci

  • Merci Julie et Michel pour vs beaux partages !

  • Un super article original, j’aime bien comment vous racontez et mettez en scène l’anecdote selon les questionnements de vos proches! Bon retour!

    • Merci Marie. Généralement, c’est de cette façon-là qu’on les raconte. Le style de l’article coulait donc de source.

  • Excellent article que l’on ne peut que partager … certains vont se reconnaitre, ou pas !! 😉

    • On a tous de petites histoires qui éveillent des images et des souvenirs 🙂

  • Encore encore encore! C’est tjrs un vrai plaisir de lire vos anecdotes 🙂

  • Merci Céline 🙂 C’est un vrai plaisir de lire tes compliments.

  • Julie, j’adore tes histoires, y en a encor j’imagine! J aimerais te rencontrer un jour pour que tu me racontes ton voyage tant il me semble intéressant et enrichissant. Merci pour ce partage 😉

  • Cet article m’a vraiment plu, j’ai dévoré vos petites anecdotes ! 😀 C’est très bien écrit, on ne s’en lasse pas ! Le récit de la rencontre de Chico m’a vraiment fait sourire, je l’ai trouvé très attendrissant ! J’espère pouvoir partir comme ça un jour, moi aussi…

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