Du Monde au tournant en voyage et Softibox / Illustration : Amphibian Drawings

Lorsque je suis en voyage, je n’ai pas envie d’entendre parler de Softibox. Illustration : Amphibian Drawings

Même si tu n’es pas blogueur, il est important de lire et comprendre cet article : les blogs de voyage sont parmi les premières sources d’informations des voyageurs et touristes. Les blogs sont considérés comme fiables et intègres par leurs lecteurs et de plus en plus de sociétés privées, tout comme des offices de tourisme, ont bien compris qu’il fallait maintenant être présents sur les blogs. Si certaines démarches sont honnêtes et transparentes (voyage de presse, voyage personnalisé, etc.), d’autres sont plus sournoises (placement de produits, articles sponsorisés dissimulés, etc.), voire illégales aux vues de législations nationales (France, Belgique, etc.).

Softibox est une société de référencement et de copyright, dont le tourisme est l’un des créneaux. Voici en cinq points (et deux bonus) mon opinion sur cette entreprise dont je trouve certaines pratiques des plus discutables, raison pour laquelle je ne travaillerai jamais avec cette société.

Résumé de la situation : Softibox contacte des blogs qu’elle estime de qualité, qui peuvent valoriser ses clients qui font du commerce dans le domaine du tourisme. Les buts majeurs du démarchage de Softibox :

  • créer du trafic vers les sites de ses clients grâce à toi internaute, qui cliquera sur un lien dans un article d’un blog que tu crois intègre ;
  • améliorer le référencement des sites commerciaux grâce au lien du blog vers le site commercial. Pourquoi ? Car l’algorithme de la recherche Google voit pointer un lien d’un blog spécialisé dans le voyage vers un autre site ; ce lien prévient l’algorithme que la page vers laquelle il pointe a un intérêt pour les personnes qui cherchent des informations, par exemple sur le choix des cartes Sim à l’étranger (on y reviendra) ;
  • offrir un service efficace aux sociétés du tourisme clientes de Softibox tout en demandant un prix bas.

L’échange de lien ne coûte que l’écriture et c’est efficace pour remplir les buts de Softibox.

Alors voici mon top 5 des raisons pour lesquelles je refuserai de répondre au démarchage de Softibox.

1. Softibox aurait (eu) des démarches illégales en France

Dans un article d’octobre 2012, le blog Rue 89 du Nouvel Observateur soutient que des sociétés malgaches ont des démarches illégales et cite notamment Softibox.

[le code de la consommation] stipule qu’une pratique commerciale est trompeuse « lorsqu’elle n’indique pas sa véritable intention commerciale ». Une pratique illégale donc. […] Trois agences ont répondu favorablement à la demande. Pour ne pas les citer : le cabinet parisien Protection Reputation, et les deux sociétés basées à Madagascar Softibox et IIS Madagascar.[…] nous avons demandé à l’agence de réputation en ligne Softibox de nous fournir des faux commentaires. Ces derniers n’ont pas été publiés en ligne, mais rédigés par l’agence pour nous donner un avant-goût de son travail.

Softibox est une société officiellement malgache mais l’un des deux co-fondateurs est français, l’autre a travaillé en France, l’un des responsables commerciaux, monsieur M. T., a étudié à la Kedge business school (Marseille) ; ils ont donc une bonne connaissance du droit commercial des pays francophones, et notamment du droit français. Dans le cas cité, des sociétés du tourisme (hôtel ou autre) font appel à Softibox pour avoir des “likeurs” et des faux commentaires élogieux afin d’être dans les premiers hôtels proposés lors de recherches sur google ou tes sites préférés de recherche comme tripadvisor.

2. Les employés de Softibox nous ont menti

Lors d’un des premiers courriels de Meek de Softibox le 1er avril 2014 (ce n’est pas un poisson !), il se décrit comme jeune passionné qui nous a découvert sur Google+ :

[…] “je me permets de vous contacter aujourd’hui étant donné que je suis un jeune passionné du voyage et de la découverte. Et dans un souci de visibilité, j’aimerais procéder à un partenariat éditorial avec votre site.
En effet, j’ai quelques sites sur lesquels j’aimerais publier un article rédigé par vos soins:
www.voyagidees.com
www.blogtevasion.com
www.geoploria.com” Meek Kernel, créateur de contenu chez Softibox

Je ne sais pas s’il est jeune ou non (c’est relatif ^^) mais ce qui est sûr, c’est que sur le profil Linkedin de Meek Kernel, on peut découvrir que depuis 2009 (cinq ans !), il travaille pour la société Softibox en tant que rédacteur web et community manager (gestion des réseaux sociaux).

Passionné mais surtout aguerri dans le domaine de l’écriture commerciale et des réseaux sociaux plus qu’un passionné désintéressé… Il reviendra à la charge le 18 mai (voir point suivant ^^) :

Votre ligne éditoriale est le garant de votre identité web, et cela vous l’avez bien compris. Je vous contacte, à cet effet afin d’y contribuer sachant qu’elle correspond à mes aspirations rédactionnelles.
[…]
Ceci n’est pas une offre commerciale, je contribuerais gratuitement sans contrepartie financière à votre contenu.

C’est cool : un article gratos qui va respecter ma ligne éditoriale, hop hop un article ni vu ni connu à mon nom sans que je me foule… mais Cela veut dire quoi “Sans contrepartie financière” ? > mais bon, je vous écris un article alors vous pouvez bien mettre un lien ou deux vers le site de nos clients, non ? Il n’en parle même pas dans ce premier courriel : d’abord attirer le poisson puis parler des “détails insignifiants”…

3. En plus de mentir, Softibox réutilise les thèmes d’articles de blogs de voyage

Lorsqu’on est blogueur, et qu’on respecte d’autres blogs, on voit parfois des thèmes qu’on comptait aborder ou qu’on trouve super intéressant. C’est arrivé très récemment pour moi avec l’article sur le “slow travel” (voyager en prenant le temps), article invité de Détour local sur le blog Votre tour du monde. Oui, je veux écrire sur le sujet car c’est ce que j’expérimente mais je le ferai plus tard, dans plusieurs mois, avec un autre angle (je n’ai d’ailleurs pas lu l’article pour éviter de m’en inspirer), après quelques expériences à valoriser. Revenons à Softibox.

Donc, le 1er avril, on reçoit un premier message de Softibox, qui commence à s’intéresser à notre blog. Le 10 avril, Julie écrit un article sur “pourquoi utiliser les cartes sim locales en voyage“. Le 14 avril, un blogueur ami, Gaël qui tient le blog Café de voyage, nous contacte en nous disant “Voici le genre d’email que je reçois de la part d’entreprises de référencement. J’ai pensé à vous car vous avez écrit tout récemment un article sur les cartes SIM locales en voyage..“. Dans la liste d’articles que Softibox proposait de lui écrire, il y avait notamment : 05 raisons pour utiliser une carte sim locale en voyage.

On a aimé la réponse de Gaël à l’offre de Stéphanie A. de Softibox :

Le business du référencement est devenu bien triste et racoleur, cela brouille la qualité des vrais blogs de voyage

On a laissé coulé jusqu’au 18 mai 2015, une journée mémorable !

Nouveau courriel de Meek (qu’on a recopié dans le point précédent). Je marque mon agacement sur Twitter et je réponds pour dire que je n’aime pas qu’une boite de comm’ et de référencement se soit inspiré de nos articles pour proposer des articles à des blogueurs voyages et que là, il nous propose d’autres thèmes d’articles qui doivent s’inspirer d’autres blogs. Sa réponse :

Oui en effet, nous somme une boite de comm’ dans le domaine du référencement, mais par contre, contrairement à ce que vous pensez, on n’utilise pas les idées d’autres blogueurs pour obtenir plus de visibilité pour nos clients, cela n’a aucun sens….Meek Kernel, le 18 mai à 14h

12 minutes plus tard, un autre courriel, du directeur commercial cette fois-ci…

[…] il est vrai que nous tirons une partie de notre inspiration sur les actualités du net, il est difficile de faire autrement. Il est possible que votre (ou vos) articles aient été affichés à un moment dans cette section. J’ai demandé à ce que ceux provenant de au-tournant.org ne soient pas utilisés.

En 12 minutes, la version officielle est passée du blanc au noir, on apprend qu’il n’est pas possible d’être créatif pour Softibox, qu’elle doit s’inspirer des blogueurs de voyage, et qu’ils ont pris les mesures pour ne plus “utiliser” au-tournant.org…

23h et quelques minutes plus tard…

On peut dire qu’il ne sont pas tout à faire d’accord sur la version officielle à donner quand ils sont pris la main dans le sac mais j’imagine qu’ils s’amélioreront pour les prochains blogueurs qui leur feront la réflexion 😉

4. Le “partenariat” proposé désavantage les blogueurs

Softibox propose des échanges de liens, un article qu’il écrit pour nous avec un ou plusieurs liens vers des sites de ses clients dans le domaine du tourisme. Et il propose de faire la même chose sur le site du client.

Or, en général, un blogueur ne vend rien ou peu sur son blog ; il a parfois un peu de publicité dans un cadre ou il vend un livre, des photos…

Là, on propose souvent de faire un lien vers une société qui n’a pas toujours de vrai rapport, ni avec l’article ni avec ce que le blogueur défend comme vision (pour une croisière alors qu’on est plutôt rando, bus local, etc.), sans vrai rapport avec le blogueur.

De manière figurée, lorsqu’un blogueur crée un lien qui renvoie vers un autre site, il dit à Google que la page vers laquelle il renvoie à une correspondance avec le contenu de la page de son propre blog ; Google crée des rapports entre les sites. Mettre un lien vers une page, c’est inviter tes lecteurs mais aussi ceux qui font des recherches google, à aller voir ce site. Donc ça avantage surtout la société commerciale, d’autant qu’en faisant un lien “partenaire” sans “no follow” dans tes méta données (désolé pour le côté technique ^^), tu risques, à terme et si tu en abuses, d’être blacklisté par Google. En gros, tu risques de ne plus apparaître dans les résultats Google si ce dernier considère que tu fais de la publicité déguisée pour un site. Ce qui est un peu le cas finalement…

C’est aussi un problème de crédibilité : tu vends le temps disponible de tes lecteurs à aller voir un site commercial que tu n’as pas de raisons objectives de promouvoir (tu aimes la marque, le service, il t’a prêté du matériel). Ton lecteur peut ne pas apprécier de savoir que certains de tes articles sont écrits par une société et que ton but affiché est de faire de l’audimat à tout prix. Il ne faut pas se leurrer : les blogueurs regardent leurs statistiques de visites, et les partenaires et sociétés qui nous offrent d’essayer des produits et services (offices de tourisme, agences de presse) demandent parfois les chiffres avant de valider l’accord.

En résumé : vous risquez de ne plus apparaître dans les recherches Google si vous abusez de ce genre d’articles, votre lectorat ne vous fera plus confiance pour le conseiller et les échanges de liens servent surtout la société commerciale vers laquelle vous pointez car si google vous détecte comme blog voyage de qualité, il créditera fortement le lien que vous faites entre la page d’une société et votre article tandis qu’un site commercial qui pointe vers vous, ça n’a pas trop d’intérêt lors de recherches.

5. Softibox vous contacte avec les courriels de ses clients

Lorsque je reçois un courriel, j’ai une sauvegarde automatique dans un fichier, avec des informations (comme le service mail). Softibox m’avait contacté via le courriel de l’un de ses clients, aacroisieres.com. En regardant les informations d’envoi, j’ai remarqué que le courriel venait de backup.vmail2.softibox.com.

Pourquoi Softibox utilise le compte e-mail de son client ? Car tu as l’impression que la société t’a repéré. Oui toi, blogueur ! Et cette société aime ton travail et te propose de faire un échange de lien. Softibox n’apparaît pas comme intermédiaire et tu as l’impression de traiter directement avec une société qui s’intéresse à ton travail. Mais en fait, que dalle, le but est encore une fois d’avoir un lien qui pointe vers le site de la croisière (dans mon cas), afin de faire augmenter le trafic direct et le référencement.

Et maintenant 2 bonus dédié à toi, blogueur.

BONUS 1 : En communication, il ne faut jamais mentir

L’un des premiers principes que j’ai appris en Communication des entreprises à l’ULB, avec monsieur Philippe Massart, est de ne jamais mentir. Ou gare au retour de bâton. J’ai bossé pour différents médias (ex-Télémoustique et l’Avenir surtout) et la déontologie journalistique me tient à coeur.

Si tu as des partenaires ou des propositions pour essayer gratuitement des produits et services, n’aies pas peur de dire le contexte ou n’accepte pas le service/produit ou démarche des sociétés avec qui tu voudrais bosser. Si tu reçois un voyage, il n’y a pas de honte à le dire. Evite la théorie du complot qu’on brandira pour te critiquer. Si tu te sens mal de dire que tu as reçu un produit ou un service, tu devrais te questionner si ton but est d’informer tes lecteurs ou de profiter au maximum de ton blog pour avoir des vacances de rêve, quitte à mentir à ton lectorat. Pas certain que cette dernière stratégie soit payante sur le long terme pour la majorité des blogs.

BONUS 2 : attention à l’égo

Des sociétés comme Softibox savent comment manipuler ou au moins t’influencer : c’est le rôle d’une société de communication qui a pour but le référencement et l’e-réputation de ses clients.

Qui n’aime pas être flatté lorsqu’il ou elle travaille ses textes et prend le temps d’écrire en espérant être lu par un nombre toujours plus croissant ? Qui n’aime pas recevoir un courriel d’une société qui dit “j’aime bien votre blog, je suis fan ; si on s’aidait à être mieux référencé chacun ?”. Cela ne semble pas bien méchant mais la naïveté ou la méconnaissance des requins roublard du business te mènera peut-être à dire oui au côté obscur.

Si tu aimes un contenu, un service, un produit ou d’autres blogueurs, n’hésite pas à en parler sur ton site, à le “soutenir” en lui donnant de la visibilité (quitte à consommer, autant que ça serve !) mais si une société vient te proposer un échange de liens, une alarme devrait retentir dans ton cerveau : fin de non recevoir, cela t’aidera peut-être un rien pour le référencement (et encore, mieux vaut pointer vers des contenus vraiment pertinents pour cela) mais ça te dévalorisera auprès des autres blogueurs et in fine, vers les internautes qui cherchent des informations sur des blogs car ils veulent y trouver une information vécue et véritable.

J’ai décidé de donner un bon coup de pieds aux cailloux qui cherchent à profiter de nos voyages et de nos expériences pour faire du chiffre avec leurs clients, qui tentent de nous manipuler en nous mentant et en nous trompant sur les objectifs réels : un manque de respect intolérable envers les blogueurs voyage qu’on n’accepte plus.

Il n’y a pas que Softibox mais elle a été la plus insistante ces derniers mois. On peut aussi citer dans le même style : refinabox.com et webmarket.mu ; cette dernière nous a envoyé un courriel hier ; à croire que les sociétés de référencement ne savent pas toutes lire nos tweets…

Et pour te récompenser d’avoir tout lu, petite moment de détente avec Carmen de Stromae, et son petit oiseau bleu.

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