« Quand vous serez à Kalaw, il faut que vous alliez au marché aux bestiaux à Heho, le marché des 5 jours. »

C’est le papa de Sofia, de la Dreamland Guesthouse de Mandalay, qui nous conseille. Nous sommes finalement prêts à quitter la ville. Bah pourtant, ça ne fait pas si longtemps que nous sommes là, seulement 13 nuits, quoi, c’est long ? D’après l’espion agent du gouvernement qui nous a suivis en moto la veille et questionnés, c’est suspect quand même. Mais on n’y peut rien, Michel s’est chopé un empoisonnement alimentaire (même qu’il s’est fait soigné par acupuncture). Et après ça, on était en plein championnat de chinlone, le sport national. On n’allait pas rater ça quand même.

Bref, finalement, on est partis pour Kalaw.

Marché des 5 jours de Heho

Et, si on n’a pas tout à fait trouvé le bétail sur le marché, on a reçu de nouvelles preuves de l’incroyable accueil des birmans. Récit d’une journée étonnante.

Le marché des 5 jours de Heho…

Après notre superbe expédition ferroviaire (notre trajet a quand même duré 14h au lieu de 6h. On vous raconte ça dans Voyager en train en Birmanie), nous arrivons à Kalaw avec Priscilla, une malaisienne rencontrée dans le train. Un petit tour dans les guesthouses de la ville nous apprend que le marché des 5 jours se tient justement à Heho le lendemain.

Mais c’est quoi un marché des 5 jours ?

C’est tout simplement une tournante de marchés. Chaque jour, les habitants de la campagne et des montagnes viennent vendre leurs produits dans une ville différente sur un planning de 5 jours, et non pas tous les mardis comme en Europe par exemple. Pour 2015, vous pouvez trouver le calendrier du marché des 5 jours sur internet. Le marché d’Heho est en A, soit le premier jour du cycle, célèbre pour son marché aux bestiaux, mais beaucoup moins touristique que le marché flottant d’Inlé Lake.

Nouveaux renseignements pris, nous trouvons l’arrêt du bus qui nous emmènera de Kalaw à Heho sur la route principale Pyi Tang Su Road, à proximité du marché. Un chauffeur de taxi nous aborde.

“Je vous emmène pour 20$”

Nous refusons poliment et lui expliquons que nous préférons prendre le bus.

“Ha vous préférez le bus. Ben le voilà”

nous dit-il, d’un air goguenard, en nous montrant un pick-up bondé qui vient de s’arrêter. Mon visage s’illumine (“cool, un pick-up”) et le taximan s’étonne et s’en va.

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Nous allons nous enquérir du prix : 2000 kyats (~2$). Et montons dans le pick-up, nous agrippant à la structure métallique qui recouvre l’arrière du véhicule. Les femmes, vêtues de robes noires brodées, nous regardent en riant et le “bus” avalent les kilomètres et les collines qui nous séparent d’Heho. Arrivés au village, une demie-heure plus tard, nous suivons la foule jusqu’au marché.

Marché des 5 jours de Heho

Nous déambulons dans les allées, entre les marchands de fleurs et de piments. Les villageois prennent la pose, amusés, devant nos objectifs. Pas de trace du marché au bétail. Peut-être sommes-nous arrivés trop tard. Mais qu’importe.

Marché des 5 jours de Heho

Nous nous éloignons dans les rues de Heho, dans ces chemins de terre. Les enfants jouent, se cachent et s’enfuient en riant. Quelques gouttes de pluie tombent. De tous jeunes apprentis moines courent se mettre à l’abri sous un arbre immense. L’ambiance est simple, champêtre et chaleureuse et nous ne regrettons pas d’avoir fait le déplacement.

… ou l’hospitalité birmane

Après une belle promenade, nous nous arrêtons dans un petit bar pour un café. Notre voisin de table, que nous prenons pour le propriétaire du bar, se retourne vers nous et engage la conversation.

“Vous avez goûté les beignets aussi, c’est délicieux avec le café !”

et il en commande au serveur. Nous acceptons avec plaisir, ces beignets sont en effet délicieux (et délicieusement gras).

Marché des 5 jours de Heho

“Je m’appelle U-Khun. Je suis pompier.”

Ha ben dis donc, pompier, en plus de tenir un bar, c’est un homme occupé.

“Ma femme tient un stand au marché. Elle cuisine. Vous voulez la rencontrer ? Et puis, je pourrais vous emmener en moto à la pagode. Vous l’avez déjà visitée ?”

Bien sûr, allons-y. Nous appelons le serveur pour régler nos 3 cafés et les beignets.

” Non, non, laissez, je vous invite. Si vous payez vous-même, ils vous demanderont plus parce que vous êtes étrangers. Moi, j’aurai le prix birman.”

Et il sort son porte-feuille. Nous insistons pour le rembourser mais il refuse en souriant. C’est à ce moment-là que nous comprenons qu’il n’est absolument pas le patron du bar mais simplement un client qui invite 3 touristes à partager un café.

Marché des 5 jours de Heho

Marché des 5 jours de Heho

Nous passerons toute l’après-midi avec sa famille. Michel dispute une partie de billard avec le fils d’U-Khun puis, part en scooter vers la pagode qui surplombe la ville. Priscilla et moi discutons avec sa femme et sa fille, enceinte de son premier enfant. Son anglais est basique mais suffisant pour engager la conversation. Encore une fois, je m’étonne des connaissances linguistiques des birmans, par rapport au Cambodge ou au Laos par exemple. Partout où nous sommes allés, nous avons trouvé au moins une personne capable de bien se débrouiller en anglais.

Mais la journée touche à sa fin et il est temps de rentrer à Kalaw. U-Khun nous accompagne et négocie le prix du ticket. Nous rentrerons pour 5000 kyats (à 3).

Nous connaissions déjà l’hospitalité des birmans. Les habitants de Mandalay nous avaient déjà montré l’étendue de leur accueil. Mais pourtant, toujours, je m’en étonne.

Et vous, vous avez des histoires comme celle-là à nous faire partager ? Vous avez visité également le marché des 5 jours ou Heho ?

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