Au nord de la Tanzanie, le Lac Natron s’étend, paradis des flamants roses. Dans ses eaux calmes se reflète le sommet d’un volcan majestueux au nom ensorcelant : Ol Doinyo Lengaï. La montagne des dieux massaïe.

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Notre périple au Lac Natron : faire de l’auto-stop en Tanzanie

Tout s’annonce bien. Nous sommes à Mto Wa Mbu, « ville » d’où part le bus pour le Lac Natron, bien à l’avance à l’arrêt prévu. Nous nous sommes bien renseignés (pour une fois), tout le monde nous a dit :

« Oui oui, demain matin, à 8h, le bus passe à cet endroit. »

On est même arrivés à 7h du matin pour s’assurer de ne pas le manquer (ben oui, ce n’est pas comme si les bus avaient vraiment des horaires en Tanzanie).

Le doute s’insinue en nous quand le commerçant du carrefour ouvre son boui-boui.

« Ça ne sert à rien, le bus ne passe pas le samedi. »

Heu… Mais on n’est pas les seuls à attendre, tous ces gens ne se sont quand même pas trompés, on va rester un peu plus longtemps. 8h00, 8h30, 9h00, 9h30. Bon, peut-être qu’il avait raison.

Nous nous creusons les méninges pour trouver une solution. Nous sommes invités dans un lodge de la région grâce à Jean-Michel, notre sponsor de Savanna Tours & Safaris, et arriver avec un jour de retard, c’est légèrement gênant. À ce moment, au coin de la piste (oui oui, pour aller au Lac Natron, il n’y a pas de route, soyez prévenus), un 4×4 tourne. Un regard, pas de concertation, on lève le pouce. C’est peut-être notre seule chance d’arriver aujourd’hui.

Bingo, quelques mètres plus loin, le 4×4 s’arrête. C’est une agence de safaris d’Arusha qui part en reconnaissance dans la région. Ils nous embarquent sans tergiverser. Et c’est là que nous découvrons le grand avantage d’être pris en stop par des Tanzaniens.

Se faire prendre en stop par des Tanzaniens : le bon plan

La région du Lac Natron n’est pas un parc national. Mais elle est gardée par des Massaïs qui demandent des frais d’entrée aux touristes. Au total, il y a 3 « portes » sur la piste (prix en avril 2014) :

  • Engaresero Gate : 15 US$/personne
  • Longido Gate: 10 US$/personne
  • Engaruka Gate: 10 US$/personne

Mais nos amis tanzaniens négocient ferme, affirmant que nous travaillons avec eux, que nous ne sommes pas là en tant que touristes et qu’il n’y a donc pas raison que nous payions des frais d’entrée. Certains gardes nous scrutent d’un air méfiant, mais la ruse fonctionne. Nous entrons gratuitement sur le site du Lac Natron.

Les heures et les kilomètres défilent, tout comme les troupeaux de zèbres et les bergers massaïs. Le paysage est de plus en plus grandiose. Ici, le ciel semble plus grand, la terre plus chaude, les montagnes plus vivantes.

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Et tout à coup, notre chauffeur s’exclame :

« Accrochez-vous, je n’ai plus le temps de freiner. »

Une énorme ornière barre la piste. Si nous freinons maintenant, le 4X4 s’y enfonce. Du coup, le chauffeur appuie sur l’accélérateur. La voiture décolle pour retomber lourdement quelques mètres plus loin. On se croirait dans une course-poursuite à San Francisco.

Après ce vol improvisé, nous nous arrêtons pour quelques photos. Le groupe est aussi excité et émerveillé que nous le sommes.

Ballottés pendant 4h sur cette superbe piste, nous sommes heureux d’arriver. Le lodge est presque au pied du volcan qui domine la région de toute sa hauteur. La plaine et le lac s’ouvrent devant nous. C’est un des plus beaux paysages que j’ai vus de ma vie.

Que faire au Lac Natron ?

Sur place, nous rencontrons Saboré, le guide attitré du lodge. Le courant passe très bien. Notre partenaire a prévu 2 « excursions » pour nous et c’est Saboré qui nous emmène.

Randonnée à la cascade

« Prenez des sandales » qu’il nous avait dit. Suivez ce conseil et ne vous aventurez pas vers la cascade en chaussures de marche. C’est un peu… humide. Il n’y a pas vraiment de sentier le long des berges. Sur le quart du trajet, le meilleur chemin pour arriver à la cascade, c’est dans la rivière. Qui, parfois, nous arrive aux cuisses. Faut pas avoir peur de se mouiller.

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Mais après tout, quand on arrive sur place, le but, c’est bien de se baigner, de prendre une douche sous la cascade, de se faire masser par la rivière bouillonnante. Un vrai bonheur sous cette chaleur.

Le Lac Natron

Il a l’air là, tout proche, peut-être à 30 min de marche. Mais les eaux paisibles du Lac Natron sont traîtres. Il nous faudra plus de 2 heures pour atteindre ses berges. En chemin, Saboré nous parle de la vie et des traditions des Massaïs.

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Nous traversons une plaine dont la terre se craquèle, torturée par les eaux alcalines du lac. Des eaux salées alcalines, c’est la particularité du lac. Peu d’animaux peuvent y survivre, seuls quelques organismes adaptés à des milieux forts en sels minéraux. Ça tombe bien, ces organismes servent de nourriture aux flamants nains qui viennent s’ébattre ici par milliers. Un groupe de ces magnifiques oiseaux s’envolent, battant des ailes dans une rumeur grondissante. Quelle majesté !

Leurs longues pattes se reflètent dans le miroir de l’eau. Le volcan, tout proche aussi. C’est presque une plaine de jeux pour photographes (une série de photographies d’animaux pétrifiés, réalisée par Nick Brandt, avait d’ailleurs fait le buzz il y a quelques années).

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Autres activités

Pour les courageux sportifs, il est possible de grimper sur le Ol Donyo Lengaï, accompagné d’un guide massaï du village. Le trek est réputé très difficile, même s’il ne se fait qu’en une journée (départ à 2-3h du matin).

Pour observer de plus près la faune du lac (flamants, zèbres, girafes,…), les lodges organisent aussi des journées “safari” en 4×4.

Le Lac Natron, terre massaïe

Ici, nous sommes en plein cœur des terres des Massaïs, cette tribu semi-nomade de guerriers et de bergers qui attise tellement la curiosité des touristes. Qui attisait la nôtre aussi. Les traditions massaïes sont fortement ancrées, probablement plus ancrées (et plus visuelles aussi) que les traditions de nombreuses autres tribus d’Afrique de l’Est. D’où l’intérêt qu’elles suscitent.

Mais la plupart des contacts que nous avons ici nous laissent un goût amer. Lorsque nous nous éloignons du lodge seuls, c’est pour être presque aussitôt harcelés par des femmes et des enfants vendeurs de bijoux. Ici, nous ne nous sentons pas des êtres humains, mais des touristes, des billets. Nous évoquions déjà ce sujet il y a quelques mois dans l’article “Le tourisme de masse massai ou la perte de relations humaines non marchandes“. Le monde moderne a beaucoup modifié les dynamiques d’un peuple qui, jusque là, vivait quasiment sans argent, la situation est complexe et difficile à appréhender. Tout ça, nous l’apprenons grâce à Saboré, l’une des seules personnes avec qui nous pouvons échanger de manière vraie sur ce sujet.

Pendant 4 jours, il nous raconte l’histoire, les problèmes, les traditions, les relations, les changements chez les Massaïs. Nous lui parlons d’Europe, de travail, de la monogamie judéo-chrétienne, d’homosexualité. Chacun écoute l’autre avec attention, curiosité, parfois étonnement.

“Vous pouvez m’apprendre une chanson en français ?”

Et il répète après moi “Tout va très bien, Madame la Marquise” de Ray Ventura, un classique de mon enfance.

Après ces 4 jours à vibrer à l’approche des orages, nous promener dans la plaine à l’ombre du volcan, nous baigner dans la piscine du lodge et jouer aux cartes avec Saboré et Baraka, il est temps de penser au retour et à notre envol vers la Thaïlande pour Songkran, l’incroyable Nouvel An bouddhiste. Nous demandons donc au gérant du lodge à quelle heure passe le bus.

“Mais demain, il y a un groupe de scientifiques qui repart vers Arusha, vous pourriez les accompagner.”

Ha ben oui, c’est parfait. Nous voilà donc dans un autre 4×4, avec d’autres tanzaniens, venus cette fois pour une étude sur la rage parmi les animaux de la région. Et nous repassons devant les mêmes portes, tenues par les mêmes gardes.

“Ils ne vont pas payer les frais d’entrée, ils ne sont pas là en tant que touristes, ils travaillent avec nous à l’université, nous sommes biologistes.”

 

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