J’ai souvent cette discussion avec des amis, des connaissances, des couchsurfeurs, des amis d’amis que je croise un soir : la différence entre aimer et être amoureux.

“tu n’es jamais amoureux ?”

Une autre question serait de savoir si il est compatible d’être amoureux quand on choisit le nomadisme ou qu’on voyage beaucoup, comme certains métiers le demande ? La dernière fois que j’étais tombé amoureux, j’avais quinze ans. Notre histoire s’est finie deux fois : son père n’aurait apparemment pas supporté qu’on ait eu des relations sexuelles à seize ans et demi (après 8 mois de relation) et la seconde fois, je lui ai mis trop de pression pour qu’elle avoue à son père qu’on se fréquentait à nouveau ; j’imagine ; je n’ai jamais eu la raison et cela n’aurait rien changé. On avait alors 17 ans et c’était le premier jour de la “rétho” (l’année du bac en France). Mon coeur et mon cerveau ne se sont jamais vraiment remis de E. : nous avons passé la dernière année dans la même classe ; je l’ai croisée quelques fois à l’université et elle m’ignorait complètement. Elle avait ses raisons : le besoin de se protéger ou de passer à autre chose. J’imagine.

Et depuis, treize ans de diète ? pas vraiment. Il y a notamment eu D. pendant un an et demi ; quand on me demandais si j’avais été amoureux d’elle, je répondais que j’avais mis un an à tomber amoureux et six mois à la quitter. Je suis un connard de dire ça ? C’est ma vérité mais ce serait long d’expliquer ce que j’entends par là. Elle ne me convenait pas, je ne lui convenais pas et je devenais de moins en moins moi-même.

Choisir son couple VS ses passions

Je m’en suis rendu compte très vite après la relation : peu de temps après avoir quitté D., j’ai recommencé les activités que je n’avais pas pu pratiquer car on passait trop de temps ensemble (vélo, football,…). Je me suis aussi lancé à fond dans la photographie de concerts, j’ai fait du camping sauvage et mes premiers pas avec couchsurfing lors d’un premier voyage à vélo. J’étais heureux et épanoui. Je me sentais renaître.

Ce que j’ai retenu dans cette relation, c’est que mal choisir son partenaire de vie nous amène à faire des choix contraignants qui peuvent aller à l’encontre de l’épanouissement personnel. Pour faire vivre mon couple, j’avais éteint mes envies et mes passions, notamment car on n’avait pas la même nécessité du confort en voyage, ou les mêmes envies. A Rome, elle avait le nez dans le routard et je voulais juste me balader sans avoir l’historique du bâtiment (maintenant, j’ai changé un peu, j’aime en savoir davantage).

Un autre point important est que je me suis rendu compte que je parlais déjà de relations ouvertes : je n’envisageais pas la monogamie comme un absolu. Depuis la fin de ma relation avec D., j’ai eu davantage de relations éphémères, d’une soirée à quelques semaines mais quasiment toujours des personnes que j’ai aimées, à ma façon…

En quoi aimer est différent d’être amoureux ?

Dans une relation amoureuse, disons “relation intime” pour éviter toute confusion, il me semble qu’on peut aimer quelqu’un sans être amoureux. Tout comme on aime ses parents, ses amis, ses animaux, un artiste. Ou plutôt, différents que ceux-ci car chaque “j’aime” est unique. Je peux donc aimer un ami tout comme je peux aimer embrasser une personne sans être amoureux. Je peux vouloir du bien à la personne et souhaiter que cette personne me fasse du bien, que ce soit dans les liens tissés, l’entraide, les moments passés, etc. Je peux aimer cette personne, éprouver des sentiments “d’aimage” (pour ne pas dire sentiments amoureux”) sans être amoureux.

ok, mais c’est quoi pour toi
être amoureux ?

J’y reviens après, pas d’inquiétude ! D’abord, parlons d’aimer de manière non-exclusive…

Julie, cette “amie avec avantages”

Nous sommes deux à rédiger ce blog. Ma partenaire, Julie, avec qui j’ai fait le tour du monde en 2014 et moi.

On s’est rencontrés en novembre 2010 : Hélène, une amie photographe en commun, me propose de venir à un concert au Botanique (à Bruxelles) dont Julie fait la promotion. Je n’assisterai finalement pas au concert mais je viendrai après boire des krieks.

Le mois suivant, je revoyais Julie à deux-trois reprises et nous étions sur la même ligne : nous ne souhaitions pas être en couple. De plus, Julie allait partir pendant un an en Italie (elle reviendra quelques fois en Belgique) et moi, six mois plus tard, je partais pour 5 mois au Québec.

Pour faire court : on s’est vus en Belgique et en Italie avant le départ et encore en Italie à mon retour. J’ai proposé à Julie de prendre le dernier étage de la maison d’un ami à Montgomery (quartier chic de Bruxelles). Au bout de six mois, nous avons loué une maison et décidé de louer une grande chambre à deux, vu que nous partagions le même lit 25 nuits/mois. Un an et demi après, nous sommes partis en tour du monde.

nomadisme et amour

Nous sommes amis avec avantages et c’est un principe qui n’est pas très bien compris, en Belgique du moins. Tous nos amis nous disaient :

“en fait, vous êtes en couple mais vous ne voulez pas l’admettre”

Non. Pour nous, même si nous avions l’apparence d’un couple et même si nous nous aimions, nous avions des “sentiments d’aimage”, nous ne considérions pas en couple. Nous communiquions beaucoup sur nous, nos sentiments ; nous avons parlé des possibilités d’aller voir ailleurs, etc.

Nous sommes avant tout amis. Je connais sa vie personnelle, ses conquêtes, si elle a le béguin pour quelqu’un : j’aime Julie en tant que meilleure amie, je sais qu’elle m’aime et je comprends qu’elle puisse aimer, avec plus ou moins d’intimité, d’autres personnes. Elle ne m’appartient pas. Elle ne m’est pas exclusive et elle sait que je l’aime.

Nous sommes juste bien et nous ne mettons pas vraiment de définition sur notre relation, ni de cadre. Nous nous aimons et nous nous respectons. Nous respectons aussi n’importe quelle personne avec qui on pourrait avoir plus d’intimité et qui est mise au courant de la situation. Nous ne cachons pas les choses, le principe majeur est l’honnêteté.

J’aime ce type de relation et j’aime trouver des personnes qui sont bien avec ce genre de relation. Rien n’est plus frustrant pour moi de voir une femme qui me plaît mais qui ne comprend pas ce concept, qui “ne pourrait jamais avoir ce type de relation car bla bla bla”. Oui, nous sommes légion à aimer les Happy End, les grandes histoires d’amour, nous avons sûrement tous vu des Walt Disney. Mais il n’y a pas que la vie à deux de manière exclusive qui permet d’être heureux, d’arriver au bonheur. Et ce n’est par parce que cette jeune femme me plaît que je veux coucher avec elle. Si j’aime la présence de cette femme, ce qu’elle dit, comment elle bouge et rit, comment elle interagit, si j’ai envie qu’on se fasse du bien, cela ne passe pas forcément par l’acte sexuel. Cela peut être des caresses, des massages, même un simple câlin amical. On peut vouloir faire du bien sans pour autant vouloir coucher avec une personne. On veut juste profiter de l’instant présent, sans barrière éducative et sociale et sans “qu’en dira-t-on ?”. Juste profiter du moment sans se prendre la tête, être en phase avec ses envies, ses besoins et celle de la personne qu’on a envie d’aimer et de rendre heureuse à un moment donné.

Être amoureux : essai de définition

Ma définition personnelle et hasardeuse serait que je me sens amoureux d’une personne si je ressens un lien fort, un désir irrésistible, un amour qui dépasse les “mauvais côtés” de l’être aimé, ces points qui ne correspondent pas à mon caractère ou à mon idéal mais qui donnent un côté harmonieux aux caractéristiques de l’être aimé. C’est pouvoir tout abandonné pour cette personne, ne pas penser aux risques, au demain. Que mon but soit d’être avec cette personne, quelque soit notre situation (confort, lieu géographique, etc.).

Être amoureux est pour moi le fait de pouvoir perdre toute rationalité, de pouvoir pardonner ou se réconcilier avec la personne rien qu’en accueillant son sourire et son regard aimant, c’est s’abandonner à elle. De pouvoir décider de partir sur un coup de tête dans un pays lointain, de décider de construire un projet fou a posteriori. De ne pas regarder la difficulté pourvu qu’on est ensemble.

Je n’avais plus été amoureux depuis E. avec qui j’ai fait toutes mes années de l’école secondaire ; avec qui je faisais mes devoirs, celle sur laquelle j’aimais poser ma tête dans la chute de ses reins, dont l’appartement de la maman était embaumé d’huiles essentielles. Je ne pensais pas que je pouvais retomber amoureux ; ou plutôt, j’espérais trouver une partenaire de vie qui soit nomade, ou que je la rencontre en voyage et qui vive de manière décalée aux horaires des sédentaires, qui pourrait voyager avec moi, qui aimerait la rando, le vélo, qui pourrait m’apprendre des techniques et des savoirs-faire, qui pourrait enrichir mon intellect et mon âme, qui me ferait rire et qui m’apprendrait à danser, que j’admirerais s’amuser au milieu de la foule.

Mais voilà, je pense que je suis malheureusement tombé amoureux d’une sédentaire cet été, celle que j’appelais “mon Allemande” mais ça, c’est une autre histoire…

Le nomadisme solitaire et les sentiments amoureux
Avis des lecteurs 10 Avis
  • Ça me rappelle un bon début de discussion dans la rue à Paris avec un autre voyageur partant avec une compagnon avec avantages !!!

  • Mieux vaut-il alors aimer mais surtout ne pas tomber amoureux ? ; )

    • je pense qu’on peut tomber amoureux (puis on ne le choisit pas) mais si on tombe amoureux d’une personne qui n’est pas nomade, ça risque d’être compliqué (mais cela fera partie d’un prochain article sur “mon allemande” 😉 )

  • Je n’arrive pas à ouvrir la page. Pq ???

  • ✈ Voyage & Féminin ☀

    J’aime énormément ton texte !
    Pour moi il y a plein de degrés amoureux… Je peux dire “je t’aime” facilement, et ça ne veut pas dire que je veille me faire faire un gosse direct ni prendre un crédit. J’aime un ami, une belle rencontre d’un soir ou de plusieurs années. C’est juste beau de pouvoir “aimer” et de l’exprimer à l’autres, sans peur du plus. C’est le poids de la société ou de la morale, qui l’on met derrière ces mots, qui sont dures à gérer.

  • Emilyz

    Il est super génial ton article. Je suis tout à fait d’accord (sauf sur le fait de vouloir faire des calins aux gens sans vouloir coucher avec eux 😉 ) Mais c’est génial d’avoir trouvé quelqu’un comme ça, t’as vraiment de la chance. Les gens qui pensent comme toi sont vraiment tellement rares, j’aimerais bien en rencontrer!!

    • Qui a de la chance d’avoir trouvé quelqu’un comme ça : Julie de m’avoir trouvé ou l’inverse (attention question piège :p) ?
      Et oui, le nomadisme et la vie amoureuse traditionnelle, toute une histoire !

  • Emilyz

    En fait, ça me rappelle mon voyage en Jamaique ou des rastas m’ont dit. “You have to love love”. Ne pas juste aimer une personne mais aimer l’Amour en général, je comprends tout à fait ce qu’ils veulent dire et suis d’accord avec ça. Moi aussi je suis nomade et donc célibataire, en tout cas, ça me convient bien comme ça.

Close