Des chiffres se bousculent dans ma tête : plus de cinq mois que je n’ai pas écrit sur le blog. 30 ans, j’ai trente ans depuis un peu plus de cinq mois également. Seulement et déjà, cinq mois. Le temps est souvent bien relatif.

Sauf deux semaines après mes trente ans. Tout s’est arrêté le 8 mai. Fixé. Figé.

Soixante. 60 ans. C’est l’âge qu’aurait eu ma maman aujourd’hui, en ce 5 octobre mais depuis le 8 mai, le compteur est resté bloqué à 59. Il y a quelques années, je lui avais téléphoné le 5, tout fier de ne pas avoir oublié son anniversaire. Elle rit au téléphone et me rétorqua : « tu as un mois de retard ».

Aujourd’hui, je suis dans mon lit, dans son ancien bureau, dans mon ancienne chambre d’adolescent. De mon lit, je vois les arbres des voisins stoïques, imperturbables. Le froid de l’automne guette leurs feuilles et les rayons du soleil éclaboussent une dernière fois fois les rosiers du jardin. Bientôt, les dernières feuilles vont s’écraser en silence sur le tapis vert et désordonné du jardin. Il fait calme, silencieux, trop peut-être ; c’est finalement là le rôle qu’on demande à une maison résidentielle.

Coincé à l’arrière de la maison entre tous les jardins qui agissent en jardin pour garder leur rôle de jardin, mon jardin se doit d’être beau, d’être accueillant. Il regarde les autres jardins qui ont des grands arbres feuillus. En fait, lorsque nous abandonnons le jardin pour rejoindre notre chambre individuelle dans la maison, chaleureuse et éclairée, ne se sent-t-il pas seul, fixé, figé dans le froid et l’obscurité aveuglante ?

Il a le temps de penser, le jardin. Il repense à l’arbre qui, naguère, était au milieu de lui et qui lui donnait de l’éclat. Aujourd’hui, le jardin n’a plus d’arbre au milieu de lui, il n’a plus personne qui l’emmène voir ses racines. Aujourd’hui, le jardin n’a ni ailes pour devenir un parc, ni racines pour comprendre comment construire un parc. Il est un jardin qui se cherche mais qui reste planté là, immobile. Groggy, fixé, figé. Pour le moment.

J’ai perdu les seules racines auxquels je pouvais me raccrocher pour me comprendre. J’ai perdu la transmission du savoir oral et familial. J’ai mal au ventre, comme si la cicatrice du cordon se rouvrait. J’ai perdu ma maman pour le reste de ma vie.

Ma maman me manque.

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