Ce matin, en face de moi dans le métro, une femme tenait une feuille délicatement avec deux doigts et la laissait se reposer sur son autre main.

Elle m’expliqua qu’elle aimait la forme, les courbes, la tige, l’irrégularité de celle-ci. Elle me parla du temps éphémère avant qu’il n’y ait plus de feuilles. Qu’elle allait la faire sécher puis sûrement l’envoyer à un ami en Écosse.

Je me suis dit :

“elle a tout compris”

avoir conscience de l’éphémère moment d’un basculement, profiter de l’instant tant qu’il est encore présent, en capturer un souvenir matériel et le partager. Avoir conscience de la beauté de la vie par la fragilité qu’elle nous montre sans crainte de revenir plus forte dans quelques temps.

Puis elle me dit gênée qu’elle faisait un stage aux UN. Elle est artiste mais ça va, “that fits”.

Deux verres ronds suspendus par deux tiges fragiles ralliant ses oreilles cachées derrière des cheveux denses mi-long et brun foncé ; ces derniers entourait son visage au teint pâle, les joues naturellement rosées, par le froid sans doute, une petite bouche aux lèvres qui ont l’habitude de rire. Je dirais qu’elle avait plus ou moins le même âge que moi, à plus ou moins deux ans près. C’est difficile de donner un âge. Cela passe tellement vite aussi le temps. J’étais concentré sur ses doigts et la feuille, sur les mots pertinents qu’elle délivrait d’une voix douce et d’un sourire timide.

Conversation éphémère, C’est son arrêt…

Et voilà, notre brève conversation fut coupée nette : la voix numérique annonce son arrêt. Elle se faufile entre les personnes bien plus imposantes qu’elle et qui ne bougent pas pour laisser sortir les passagers. Elle a dû sûrement prendre le bus 12 ou 21 qui l’amena au bâtiment austère des Nations Unis, gris comme un ciel de fin d’automne, telle la route longue et ennuyeuse entre Bruxelles et Liège. C’est pourtant là qu’elle travaille. Mais c’est éphémère un stage. En tout cas, c’est la réflexion qui me traverse l’esprit.

Je chipote à mon téléphone regrettant de n’avoir pas pris de photos de ses mains tenant cette feuille ; je l’aurais fait sans hésitation quand j’ai commencé la photographie. Je lève la tête : je la vois qui se retourne, me sourit et me fait un bref signe de la main pour me dire au revoir, puis se retourne et suis le flot de personnes qui s’engouffrent vers la sortie qui mène aux bâtiments du quartier européen.

Dans le fond, je travaille aussi pour une grosse société au centre ville en tant que webmaster. Et là aussi, nous sommes entourés de plein de buildings administratifs hideux construits dans les années 50-60 lorsqu’on a voulu faire de Bruxelles une ville du futur.

Et je répète aussi à qui veut l’entendre, mais aussi pour ne pas l’oublier, que c’est un poste éphémère: je ne veux pas oublier que mon travail doit servir à vivre et à voyager. Ne pas oublier de vivre à fond une vie éphémère.

Le temps, même en transport en commun, est relatif

Un voyage en métro, c’est souvent long le matin, mais des fois, c’est bien court et ça t’apporte des petites histoires de vie qui te marquent, te font réfléchir ; des histoires auxquelles tu repenses quand le thème resurgit dans ta vie. J’aime les rencontres éphémères au tournant d’un transport en commun…

Petite histoire vécue le mercredi 19 octobre 2016, entre Beaulieu et Schuman, à Bruxelles.

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